Témoignages



Costa-Gavras

Réalisateur Américain, Ancien Président De La DGA, Membre Du Conseil Du FCFA

Gavras

J’ai eu la grande chance de m’installer en France quand j’étais jeune, venant de Grèce. Au début, il était prévu que j’aille aux États-Unis, car j’avais de la famille qui avait une entreprise là-bas. Je ne sais pas ce que je serais devenu ! Peut-être un businessman ? J’ai fait mes études de cinéma à l’IDHEC et j’ai eu la chance d’être très bien accueilli par le cinéma français et par des personnalités telles que Simone Signoret, Yves Montand, etc. Ils m’ont beaucoup parlé de l’Amérique, d’une manière positive : c’est l’Amérique qui avait fait appel à eux ! C’était une leçon pour moi. Mon premier film a très bien marché là-bas, et j’ai reçu beaucoup de scénarios par la suite, mais j’en ai refusé la plupart, car je ne me sentais pas capable de les faire. J’ai refusé Le Parrain parce que je n’ai pas aimé le livre, mais Coppola aréussi à faire d’un mauvais livre un film magnifique ! Quand j’ai fait Missing, les Américains m’ont accueilli d’une manière très chaleureuse, même si certains ont pu dire que j’étais communiste ou anti-américain. Je considère qu’il y a plusieurs Amériques : j’ai aimé découvrir ce peuple varié, aux idées très différentes. On a tous appris des choses du cinéma américain, et on continue d’ailleurs à le faire aujourd’hui. Je suis avec le FCFA presque depuis ses origines. J’ai vu son évolution, et cette relation entre les mondes du cinéma est essentielle : il faut la maintenir absolument. C’est une amitié réelle, dans laquelle chacun apprend à connaître l’autre et où chacun défend ses intérêts. Je suis content de voir de jeunes spectateurs au festival COLCOA. C’est bien que des jeunes metteurs en scène français y aillent, qu’ils voient ce mythe hollywoodien, et qu’ils se rendent compte qu’il y a des humains derrière ! Bien sûr, il y a eu des moments de crise dans les rapports franco-américains, surtout au moment du AGETAC. Mais maintenant, les Américains sont tous avec nous dans le sens de ce que nous voulons en Europe : les films doivent circuler par leur qualité et grâce à l’amour que les gens portent à ces films. C’est l’amour du cinéma, l’amour de faire des films qui sont vus par des spectateurs qui nous unit. Et aussi le fait que nous fassions des films différents les uns des autres. La monoculture serait la pire des choses ! Quand on aime les gens et qu’on aime le cinéma, il faut avoir le courage de se dire ce qu’on pense les uns des autres. « Nobody’s perfect » a dit le personnage d’Osgood à Jack Lemmon à la fin de Certains l’aiment chaud. Il ne faut pas l’oublier.

Costa-Gavras


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