Témoignages



Jay D. Roth

Directeur général national, DGA

Jay D. Roth

L’histoire du FCFA
En tant qu’avocat représentant à la fois la DGA et la WGAW, ainsi que négociateur du contrat, je me rappelle bien la détermination qui a fait naître le FCFA. Le 29 juin 1995, Jean-Loup Tournier, président du directoire de la Sacem, Brian Walton, directeur général de la WGAW et Glenn Gumpel, directeur général national de la DGA, ont apposé leurs noms sur le mémorandum d’accord qui a créé le FCFA. La naissance de celui-ci ne s’est pas effectuée sans heurts, ayant été précédée de désaccords très importants ; elle a été suivie d’une forte volonté de ne pas laisser ce conflit définir la relation entre nos deux pays. Deux grands événements ont motivé la création du Fonds. Le premier, en 1989-1990, a été la conclusion d’accords sur les redevances étrangères en France, après des années de résistance de la part des producteurs américains qui exigeaient qu’on leur reverse l’intégralité de la part des auteurs. Ce nouvel accord a permis aux scénaristes et réalisateurs américains, auteurs en vertu du droit français de la propriété intellectuelle, de percevoir un pourcentage des redevances collectées sur les bandes vierges (aujourd’hui, sur les équipements numériques), pour la copie privée de leurs films et programmes de télévision en France. Depuis que cet accord a pris effet, la part américaine des redevances étrangères est versée par la France à la DGA et à la WGAW, qui la reversent à leur tour aux réalisateurs et scénaristes américains. D’autre part, les négociations à Genève de l’AGETAC et de l’ADPIC en 1993 constituent un deuxième grand événement fondateur. Durant ces âpres négociations, les gouvernements américain et européens ont été en conflit ouvert sur les questions de l’exception culturelle, des quotas, des subventions et des exemptions aux dispositions de traitement national de la Convention de Berne. L’impression était que, des deux côtés de l’Atlantique, les différences, et non les ressemblances, dominaient le débat et créaient des divisions entre nous. Cependant, au fil des mois, certains d’entre nous aux États-Unis et en France qui, ayant assisté aux négociations de l’AGETAC/ADPIC, avaient vu le conflit de leurs propres yeux, sentaient qu’il fallait prendre les choses en main. Au coeur des discussions alors engagées, résidait l’idée que si les cultures ont une nationalité, les artistes et leur art ne devraient pas en avoir : l’art doit être partagé au-delà des frontières. Notre objectif est alors devenu l’amélioration et l’expansion de la communication et de l’échange culturel entre les créateurs et entre les industries en France et aux États-Unis ; nous voulions transformer les désaccords que nous avions connus en un partenariat durable. Le FCFA a été notre réponse. La Sacem a fait sienne cette idée de stimulation de l’échange culturel et de la compréhension mutuelle, et nous avons décidé de financer les activités du Fonds grâce à une partie des redevances provenant des divisions entre nous. Cependant, au fil des mois, certains d’entre nous aux États-Unis et en France qui, ayant assisté aux négociations de l’AGETAC/ADPIC, avaient vu le conflit de leurs propres yeux, sentaient qu’il fallait prendre les choses en main. Au coeur des discussions alors engagées, résidait l’idée que si les cultures ont une nationalité, les artistes et leur art ne devraient pas en avoir : l’art doit être partagé au-delà des frontières. Notre objectif est alors devenu l’amélioration et l’expansion de la communication et de l’échange culturel entre les créateurs et entre les industries en France et aux États-Unis ; nous voulions transformer les désaccords que nous avions connus en un partenariat durable. Le FCFA a été notre réponse. La Sacem a fait sienne cette idée de stimulation de l’échange culturel et de la compréhension mutuelle, et nous avons décidé de financer les activités du Fonds grâce à une partie des redevances provenant des collectes audiovisuelles américaines. Des membres du conseil d’administration ont été nommés, et les organisations fondatrices (la Sacem, la DGA et la WGAW) ont décidé que la MPAA devrait également y siéger. La première réunion du conseil s’est tenue à Paris à l’automne 1995, en présence des représentants de la Sacem (Jean-Loup Tournier, Claude Gaillard et Olivier Bernard), de la DGA (Gil Cates, Norman Jewison et Jay Roth), de la WGAW (Frank Pierson, Peter Lefcourt et Brian Walton), et de la MPAA (Jack Valenti et Robert Hadl). Dès le début, nous avons été très clairs quant au fait que le Fonds n’était pas un concept abstrait : la mission du conseil était de concevoir les activités du Fonds, avec l’objectif avoué de rassembler les plus grands scénaristes, réalisateurs et producteurs américains et français et de les impliquer ensemble and the U.S.; we wanted to turn the dispute we had witnessed into something better and enduring. dans une grande variété de projets et d’activités liés au cinéma, dans chaque pays. Par exemple, l’un de problèmes les plus importants dans le cadre de l’AGETAC était la difficulté de distribuer les films français aux États-Unis. Notre réponse a été de proposer un festival du cinéma à Los Angeles, qui ne se contenterait pas d’être une vitrine pour le cinéma français, mais qui accompagnerait également sa distribution américaine. Le festival de cinéma français du Fonds, COLCOA, est ainsi devenu réalité. En 1995, si vous m’aviez demandé, ou si vous aviez demandé à n’importe lequel d’entre nous, comment nous pensions que le Fonds aurait évolué ving ans plus tard, je ne pense pas que nous aurions vraiment imaginé le succès que nous avons rencontré. COLCOA se tient dans les locaux de la DGA, j’ai donc pu le voir au fil des années devenir le plus grand festival de cinéma français en dehors de la France. En avril dernier, sur une durée d’une semaine, 22 500 personnes y ont assisté. 68 films français ont été projetés ainsi que, pour la première fois, 7 séries télévisées françaises. Un nombre record de 70 scénaristes, réalisateurs, acteurs et organisations qui les représentent se sont rendus à Los Angeles. 54 % des films projetés à COLCOA ces vingt dernières années ont ensuite été sélectionnés pour une distribution dans des salles de cinéma américaines. Reconnaissant qu’une part importante de notre mission est de protéger notre patrimoine pour les cinéastes du futur, le Fonds a investi 1,7 million d’euros (1,8 million de dollars) dans la préservation de films. Ces financements sont revenus à la Cinémathèque française et à la Film Foundation pour la restauration de vingt-six classiques qui ont ensuite été largement diffusés partout dans le monde. Ces vingt dernières années, le Fonds a créé plusieurs programmes qui n’ont pas seulement résisté à l’épreuve du temps, mais se sont aussi améliorés et sont devenus encore plus précieux. Ces programmes constituent la partie visible de notre succès. Cependant, il est aussi important de souligner la partie moins visible et qui réside dans les relations durables que le Fonds a fait naître. L’expérience de camaraderie et d’engagement commun entre les scénaristes et réalisateurs américains et les représentants de la Sacem fait maintenant partie intégrante du travail que nous fournissons pour continuer à progresser. Quand je jette un regard tant sur le passé que sur l’avenir, je suis convaincu que nous avons plus que jamais besoin du Fonds. Les films, et l’art en général, sont mis en difficulté à notre époque du numérique. En outre, je crois toujours que le grand succès du FCFA provient de ce en quoi nous croyions à l’origine du projet : notre passion commune pour le cinéma et la télévision, et le respect que nous avons pour ceux qui les font vivre constituent un lien unique, et notre plus grand atout provient de l’alliance de nos forces au-delà des continents.

Jay D. Roth


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