Témoignages



Jean-Noël Tronc

Directeur général de la Sacem, président du FCFA

Tronc

Quand j’ai rejoint la Sacem, j’ai pris la présidence du Fonds avec beaucoup d’humilité. C’était déjà une très belle aventure dans laquelle il y avait bien plus que des gens assis autour d’une table : il y avait beaucoup d’empathie et d’envie de favoriser les échanges culturels autour du cinéma. Je m’y suis trouvé très heureux car, dans ma carrière, ma première famille artistique a été le cinéma avec le festival de court-métrages que j’avais créé chez Orange, puis le lancement d’Orange Studio dont j’ai été un des premiers administrateurs, et mes trois ans comme PDG des activités internationales de télévision payante de Canal Plus. De plus, j’ai par mon parcours et mon histoire familiale, une relation particulière avec les États-Unis : j’ai commencé ma carrière dans une entreprise américaine. Ma grand-mère, qui était une femme audacieuse, a décidé dans les années 1930 de suivre une année d’études dans une université du Minnesota ; tous les 4 juillet (ndr, jour de la fête nationale américaine), elle faisait sonner la cloche dans sa maison de campagne près de Chantilly, et elle adorait la culture américaine. Et mon père aussi a fait ses études dans une université américaine et a enseigné à Stanford. Nous sommes donc trois générations très américanophiles ! Je suis d’autant plus heureux que nous ayons pu adopter, l’an dernier, une signature qui manquait à notre Fonds : «Two countries, one passion ». La formule exprime bien toute l’ambition de notre FCFA : agir concrètement pour développer les liens culturels entre nos deux pays autour du cinéma. J’ai présidé la Commission Export du CNC français. Je mesure d’autant mieux l’importance de COLCOA et de notre opération de promotion des films français sur les campus américains pour aider à mieux faire connaître le cinéma français aux États-Unis. Le Fonds est un lieu unique en ce qu’il réunit les Américains eux-mêmes puisque siègent à notre Conseil d’Administration les deux Guildes d’artistes, la DGA et la WGAW, et la MPAA. Les rencontres sont humaines. Je dois à nos amis américains de belles découvertes. Par exemple, l’an dernier, Taylor Hackford m’a fait découvrir les westerns de Bud Boetticher. Quand nous avons remis le prix Michel d’Ornano-Jack Valenti avec le sénateur Chris Dodd, cette année, au film Les Cowboys, au Festival du film américain de Deauville, il y avait une forte émotion entre nous, parce que nos deux pays sont aussi réunis par des souffrances communes. COLCOA est un moment unique parce que, à la différence de beaucoup de festivals, on a le temps de passer du temps ensemble et les créateurs français et américains ont le temps d’échanger. Et puis il y a la joie des rencontres inattendues. En 2013 nous étions avec Serge Toubiana, alors directeur de la Cinémathèque française, au COLCOA et nous sommes à table à côté d’un monsieur très modeste, qui nous a dit qu’il avait fait « a few movies ». C’était John Landis, le réalisateur des Blues Brothers, autrement dit, un mythe pour moi ! Adolescent, je participais à un ciné-club de banlieue où nous faisions découvrir des films musicaux comme Rude Boy, The Rocky Horror Picture Show ou The Harder They Come, The Blues Brothers a permis à ma génération de découvrir le blues et la soul.

Jean-Noël Tronc


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