Témoignages



Michael Mann

Scénariste, réalisateur et producteur américain, membre du conseil du FCFA et de la DGA

Michael Mann rectangulaire

J’ai fréquenté une école de cinéma à Londres de 1965 à 1967, et je suis resté en Europe par la suite car j’étais opposé à la guerre au Viêt-Nam. J’étais notamment entouré, il est intéressant de le relever, d’étudiants portugais qui voulaient éviter d’être entraînés dans le grand conflit de 1965 qu’était la répression militaire des mouvements indépendantistes en Angola et en Mozambique, ainsi que de Sud-Africains blancs opposés à l’Apartheid, qui ne pouvaient pas rentrer chez eux. À cette époque, les gens étaient très politisés. Les soulèvements de mai et juin 1968 à Paris étaient incroyables : j’essayais de trouver un moyen de m’y rendre. Parce que les leaders des manifestations parisiennes refusaient de parler aux médias américains mais pas à nous, nous avons pu, un ami de la Sorbonne et moi-même, filmer des interviews et des images documentaires cet été-là et l’automne suivant. Les films à l’origine de ma vocation de cinéaste sont La Rue sans joie de Georg Wilhelm Pabst et Docteur Folamour de Stanley Kubrick. La nouvelle vague française m’a également beaucoup influencé, en particulier Hiroshima mon amour et L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, ainsi que Le Sang des bêtes et Thomas l’imposteur de Georges Franju, Lola Montès de Max Ophüls et Les Carabiniers de Jean-Luc Godard. J’ai connu le FCFA par John Frankenheimer, Gil Cates et Jay Roth. Frankenheimer adorait tout ce qui était français ; Jay et lui m’ont demandé si je voulais participer à COLCOA, et c’est ainsi que je me suis retrouvé à travailler avec nos amis français. Le droit d’auteur français est un concept très important à mes yeux, bien que cette opinion ne soit pas partagée aux États-Unis, où tous les scénaristes et réalisateurs professionnels signent un certificat qui stipule qu’ils ne sont pasles auteurs de ce qu’ils ont produit. Je suis pour un système qui rémunère les auteurs par l’intermédiaire de redevances collectées au niveau de l’État. Les relations et les amitiés que nous avons construites au fil du temps sont extrêmement importantes. Un dîner est toujours organisé à Paris pour rassembler les réalisateurs et scénaristes des deux pays. La force des liens qui ont été créés est née du partage d’une expérience commune. L’un des souvenirs les plus marquants concerne John Frankenheimer. Après sa mort, Jay Roth, Gil Cates et moi avons dîné à La Tour d’Argent. Après l’assassinat de Robert Kennedy, Frankenheimer était tombé dans une profonde dépression. Il s’était éloigné de l’industrie du cinéma et avait travaillé longtemps dans la cuisinede La Tour d’Argent. Après sa mort, nous nous y sommes rendus pour partager un superbe dîner en son honneur.

Michael Mann


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